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mercredi 7 décembre 2011

Poutine à tout prix.

Parfois, il m'arrive que les temps soient très durs dans ma compagnie de jeux vidéos californienne. Prenez par exemple cette semaine: quelqu'un a bouffé toutes les Sour Patch rouges dans la boîte, et a remis tout le reste dedans, de sorte qu'il reste seulement des jaunes, des vertes et de oranges. Ark. Puisque ça veut dire qu'un programmeur a sûrement touché avec ses mains chaque Sour Patch pour les remettre dans la boîte après, c'est un peu dégoûtant. Surtout quand on réalise que l'activité favorite du programmeur moyen est de naviguer sur Reddit en cherchant des photos de chats au travail avec la moitié d'une main dans le pantalon, comme chez lui.

Tout ça signifie que je dois me rendre jusqu'à la cuisine pour me prendre d'autres Sour Patch d'une autre source infinie de collations.

Heureusement, dans ce temps-là, j'arrive chez moi le soir et je peux me réconforter en me concoctant une jolie poutine maison, avec de la sauce en poudre St-Hubert achetée au IGA lors de ma dernière escapade, et du fromage en crottes qui fait squik squik importé d'un truck stop sur la 20 pas trop loin du feu Madrid.

Importer du fromage en crottes n'est cependant pas de tout repos.

Tout ceux qui ont déjà pris l'avion avec moi depuis l'obtention de mon visa savent qu'il faut habituellement prévoir un peu plus de temps pour les correspondances de vols internationaux. Avec mon statut officiel de voleuse-de-job-qui-parle-même-pas-bien-anglais-comment-ça-ça-parle-pas-toute-anglais-au-Canada, je suis rendue experte dans l'art "d'aller dans le p'tit bureau".

Aller dans le p'tit bureau, c'est se faire interroger par les douaniers américains, les mêmes types qui ne savent pas trop c'est quoi l'internet, afin de vérifier que je ne suis pas en réalité une future immigrante illégale qui va passer le restant de sa vie à vivre le rêve américain en vendant des tacos maisons dans mon truck à bouffe avec une femme nue sur une moto peinturée sur le côté avec du glitter ou encore une oeuvre d'art peinte à la main de mon cru.


C'est dans un truck comme celui-ci que j'ai mangé ma première crêpe au steak haché et bacon.


Parfois, dans le p'tit bureau, alors qu'on me pose des questions personnelles comme, "Tu penses-tu rester toute ta vie ici ?", "T'es sûre que tu inventes pas la job que tu viens de me décrire là ? Ça a l'air compliqué là analyser les jeux vidéos comme tu dis... j'pas sûr que c'est comme ça que ça se fait.", ils décident de fouiller mes bagages.

Douanier 1: What IS that?
Moi: Euh.... cheese?
Douanier 1: I've never seen cheese like this before. Jack? Jack!! Come here for a second.
Douanier 2: What?
Douanier 1: She says it's cheese! Look at this!
Douanier 2: Hmmm... maybe we should open it...
Moi: No! It's really cheese! It stays fresh if the bag is never opened! It does.. euh... squik quik!!
Douanier 1: ...
Douanier 2: ...
Douanier 1: Are you trying to imitate the sound of a cow?
Moi: .... no.
Douanier 1: Are you trying to tell us that you visited a farm, young lady? Because your declaration says that you didn't...
Moi: No !!! It's cheese you buy in truck stops on the side of the highway... they are not "farms !" In french we call it... cheese... in kind of... poops...
Douanier 1:....
Douanier 2:....
Douanier 1: If you were in contact with animal poop from a farm, you have to tell us now, because...-
Moi: No, it's just the word in french is cheese in poops. Let me check something... just a second !!!

Je ne voulais pas qu'ils ouvrent mon sac de fromage frais. Mon bagage à main aurait fini dans la soute à bagages comme d'habitude à cause qu'il n'y a plus jamais de place dans les cabines, mon fromage à -50 degrés dans la soute, tout ouvert, ruiné, ne faisant plus squik squik. J'ai alors remercié Steve Jobs pour l'accès à internet mobile, et pour wikipédia.

Moi: CHEESE CURDS !!!!! It's called cheese curds !!!! Yééé !
Douanier 1: Oh, really? Oh, I had cheese curds before when I was working in the midwest. It was fried, though.
Douanier 2: Oh yeah ! Me too, it's good ! But it doesn't look like this.
Moi: Fried ? No... euh, we do it for poutine.
Douanier 1 & 2: OOOH POUTINE !!! So good !!!!!

Ensuite on a eu des rapprochements émotionnels car un des douaniers avait déjà goûté à une poutine en 1997 à New York. Ya eu une anecdote mal-à-l'aisante sur son ancienne blonde qui l'a quittée pour son frère, mais somme toute, j'étais sauvée.

Je pouvais repartir avec mon fromage, mon permis de travail, et mon désir de me faire une poutine bien chaude qui fait squik squik avec ma sauce en poudre.

mercredi 23 mars 2011

Déménagement du terroir


Je vous dis, jeunes gens, ma vie californienne commence décidément à s'organiser. Ça faisait près de deux semaines que j'étais campingsexuelle à temps plein, c'est-à-dire à dormir sur un matelas gonflable, en sleeping bag, à porter les mêmes 5 paires de bobettes, et de commencer à me douter que mes collègues de travail me surnommaient la "pauvre canadienne" dans mon dos. Non mais c'est vrai, je portais toujours les mêmes 4 chandails, et je commençais à me sentir mal de rire de mon collège qui portait un polo blanc rentré dans des pantalons beiges, avec des bas blancs et des souliers Asics, et pour pimenter subtilement le tout, un chandail hippie sous le polo blanc :
Pas pire kinky, hein ! On sait pas trop si c'est vintage ou alors que ses autres gilets étaient sales. On sait pas non plus où il regarde avec son crossed-eye mais ça c'est pas vraiment corrigible avec une visite su Sears. Décidément un homme mystérieux. Mais maintenant, c'est fini ce temps-là. Non mais c'est vrai, je suis venue ici pour avoir une BMW usagée et plugger les mots "caviar" et "je peux facilement me permettre un abonnement chez Costco" dans des conversations. Puis je dois commencer quelque part hein. 

Donc hier après-midi ça l'a sonné à la porte, et j'ai eu une émotion. Gary, beauceron aventurier, avait fait tout le voyage du Québec jusqu'à su la vallée du silicone avec mes biens les plus chers (ma cire à épiler, mon matelas, ma ps3, des livres de Marie Laberge). Oui, je dois avouer un petit mal du pays pendant que Gary, suant abondamment après avoir transporté mon matelas et mon bac rempli de sous-vêtements tel le super homme-déménageur-manches-de-t-shirt-humeur-design-coupées-aux-ciseaux qu'il est, me disait qu'il restait plus "eur-djien" (rien en beauceron) dans le pick-up pis que j'avais juste à signer ici, juste à côté de l'endroit où sa sudation avait brouillé la date d'aujourd'hui.

Demain soir je vais souper su Google pis je vais y aller avec un chandail propre et une brassière presque propre aussi, regardez-moi bien aller. Puis quand je vais me sentir dépressive, regardez-moi bien lire Adélaïde pour la 13e fois.