samedi 17 mars 2012

La dentiste élue de la Vallée du Silicone

(Attention: ce récit n'est pas pour les âmes sensibles de dentistes)

Ça faisait un an que j'étais dans la Vallée du Silicone et je n'étais pas encore allée chez le dentiste. Je repoussais toujours le moment parce que j'avais peur. Je n'avais jamais pris la peine d'aller sur Wikipédia regarder la traduction des mots "molaire", "plombage", "érosion des gencives", et tout autre mot qui pourrait être utile à comprendre.

Puis, tout à coup, j'ai comme réalisé qu'avec la quantité de sucre gratuite qu'on m'offre à la job, je devrais peut-être faire un check-up avant qu'il soit trop tard, compte-tenu du fait qu'à chaque jour je me prends un tit peu de m&m aux pinottes, un tit peu de réglisse, un tit peu de glosettes, un petit peu de melons d'eau surettes, et que le bureau ressemble à une cossue maison du quartier dix-30 qui donne des bonsbons d'Halloween, mais à longueur d'année. Et que je suis en train d'écrire ce texte en m'arrêtant à chaque phrase pour prendre un demi-rouleau de rockets. Et qu'il est 10h du matin. Mes phrases sont courtes. J'aime ça. Je disais donc.

J'ai fait ce que toute jeune habitante de la Vallée du Silicone ferait pour se chercher un nouveau dentiste, un coiffeur, une esthéticienne, un restaurant thai, ou un stand à crêpes au steak haché à 3h du matin: j'ai pris mon téléphone et j'ai regardé les évaluations des commerces de la région.

Je suis arrivée chez mon bureau de dentiste brun et je n'étais pas trop dépaysée: des revues de potins et de décorations de vlà 5 ans, des murs bruns, des chaises brunes, on se croyait dans n'importe quel quartier résidentiel de St-Hubert sur la rive-sud.

Une madame chaleureuse à la réception m'a fait remplir une tonne de documents biographiques, et de documents légaux (j'ai arrêté de lire à "vous ne tenterez pas d'actions légales en cas de perte de dents"), mais je suis habituée maintenant. Aux États-Unis, le sport favori des américains est la poursuite légale, alors maintenant, que ce soit en parachute ou chez l'esthéticienne pour une épilation des demies-jambes, il faut toujours signer chaque page d'une bible de documents, affirmant que c'est pas de la faute des esthéticiennes si jamais la cire à épiler pogne en feu et te fait perdre un oeil. C'est Jenny qui a sa "PME" d'épilation dans son demi sous-sol à Charny qui ferait la saut.

Moi: Allô, je crois que j'ai rempli des documents comme il faut. Combien ça coûte au juste aller chez le dentiste ?
Madame: Votre assurance couvre tous les frais.
Moi: Genre, toute toute toute ?
Madame: Les frais habituels, mais comme pour tous les assureurs ou presque, pas l'anasthésie.
Moi: Hein?
Madame: Oui, pour un plombage par exemple. On a besoin d'anasthésie si le patient veut.
Moi: Euh, ya du monde qui prennent pas l'anasthésie ?
Madame: Oui.
Moi: Sont malades.
Madame: On les laisse habituellement entrer avec une très forte odeur de gin (insérer ici rire de Consuela mexicaine épeurant) Ha Ha Ha.
Moi:...
Madame: Bon, vous n'avez pas indiqué le nom de votre dentiste précédent.
Moi: C'est qu'il est Canadien. Je sais pas s'il est dans votre base de données
Madame: ...
Moi: C'est que j'habitais au Canada l'an dernier.
Madame: (regard vitreux)

NDLR: Il arrive parfois que les gens aient cette réaction face à la mention d'un pays étranger différent de "Chine" ou "Alaska". Puis, par la suite, ils réalisaient que le Canada était bel et bien cette grosse étendue de neige en haut des USA. Avec les igloos et la Molson Canadian.

Moi: ... (regard encourageant, hochement de tête, oui oui! ça existe)
Madame: ...et ils vous nettoient les dents comment, au... Canada ? Est-ce que je dois demander un traitement spécial ?
Moi: Ben, ils ont des outils qui font biiiizzz biiiiizzz et ils nettoient les dents, prennent des radiographies et tout... comme ici... enfin... J'espère là. (rire nerveux).

NDLR: À ce moment-ci, Consuela a commencé à fixer ma bouche d'un air perplexe. Je me suis rendue compte qu'à la suite de ma description, elle devait s'imaginer que nos dentistes avaient des chemises à carreaux, arrivaient à cheval dans leur bureau/chalet en bois rond, commandaient leur stock de "dentistes" à l'aide d'UPS-traîneau-à-chien, puis que le biiizzz biiizzz que je mentionnais aurait très bien pu être un bruit de chainsaw.

Madame: Hmm, d'accord, et bien viens, on va regarder l'état de tes dents.

L'équipement semblait dater des années 80, et mon moment le plus traumatisant a certainement été la prise des radiographies. Dans mon ancienne vie, je m'assoyais sur une chaise avec un petit bout de carton dans la yeule. Yavait une machine qui faisait le tour de ma bouche en faisant bzzzz (je dois faire attention avec mes onomatopées qui ressemblent à des chainsaws). Mais Madame Réceptionniste/Consuela/Hygiéniste avait entre les mains un gros gun brun qui ressemblait à un séchoir à cheveux au bout duquel on avait rajouté un cône pour que les chiens se grattent pas la tête. Voici une version imagée:


   
+
Voilà.


Je m'excuse pour le manque de détails de l'image, mais accouplez ces deux choses ensemble, mettez le résultat brun, et le tour est joué. Le désavantage évident, hormis le fait que l'appareil avait l'air d'être fait à la main par Vidal Sassoon avant la chute du mur de Berlin, était que je devait avoir une immense plaque magnétique dans le bouche. Plutôt, dans le fond de la gorge. Je n'étais donc pas capable de la garder sans avoir le goût de vomir.

Moi: (crache le truc)
Madame: Oups! C'est pas grave. On va réessayer. Je vais te le mettre dans le fond de la bouche, et ensuite tu vas fermer la bouche, et compter jusqu'à trois. Voiiiiilà. 1,2...
Moi: (crache le truc) 
Madame: Bon, on réessaie. Voilà. 1,2...
Moi: (crache le truc). Oups.
Madame:.... (visiblement agacée, elle me recrisse la plaque magnétique dans le fond de la gorge avec "vigueur", de sorte que je le recrache immédiatement et m'étouffe en repoussant sa main.)
Moi: Ben là sti...

Jamais dans mes multiples années chez le dentiste j'avais vécu ça. Mes rendez-vous avaient toujours été qualifiés de normaux: on arrive, on passe au cash, bing bang, passez Go et encaissez la brosse à dents gratuite. Une fois circa 1996 je me souviens avoir détourné la tête et fait OUACHE parce que quelqu'un avait pété dans la salle d'examen. C'est TOUT. Et j'en suis pas fière.

Heureusement, la dentiste est arrivée à ce moment-là.

Dentiste: Allô, ça se passe bien ici ?
Madame Hygiéniste: Non non, elle a vraiment des gros réflexes de déglutition.
Dentiste: Oh, mais je crois que tu n'as pas besoin d'aller si loin...
Madame Hygiéniste: Mais, hi hi, tu vois, elle n'est pas mariée (en pointant mon auriculaire gauche), elle doit donc pas encore être habituée à avoir quelque chose dans la bouche tout le temps... Hi hi hiiiii....
Moi:...
Dentiste:...
Madame Hygiéniste:.... hi hi hi.
Dentiste: On peut se parler deux minutes ?
Madame Hygiéniste:... ok

Pendant que dentiste et hygiéniste se parlaient visiblement avec insistance en espagnol à côté de la salle d'attente, je fixais la pile de films pour enfants, en ne souhaitant rien d'autre que d'être plutôt dans le bureau du Dr Robert avec Anik, la gentille hygiéniste qui te donne l'impression de te caresser les gencives en te nettoyant, à écouter Toby le chien étoile. Plus rien ne serait pareil.

Vu que j'ai passé mes années d'espagnol au secondaire à apprendre La Bamba, Macarena et Allegria (que je ne pense même pas être en espagnol, après tout), j'ai cru seulement comprendre le mot "Playa" de leur conversation. Mais encore là, j'étais pas sûre.

Finalement, je suis sortie du cabinet du dentiste avec ma brosse à dents et un rabais de 15$ sur une brosse à dents électrique, "parce qu'on est en 2012, et qu'on devrait profiter de la technologie". Et un traumatisme. Mais pas de carie. (et possiblement une surdose de radioactivité)

J'ai regardé les murs bruns du Dentiste de la Vallée du Silicone en sortant, endroit où je me souviendrai à tout jamais avoir laissé mon innocence.

mardi 13 mars 2012

Tremblements de terre et cougars

L'abonnée à Châtelaine active et fière de son corps.


On oublie souvent que la Californie est une espèce de grosse faille en mouvement et qu'un tremblement de terre majeur va arriver d'ici les 20 prochaines années. Majeur pas dans le sens "la tornade de Boisbriand de 2009", mais plutôt dans le sens des buildings qui s'effondrent, ponts qui s'affaissent, etc.

La seule personne de plus de 40 ans au bureau aime nous rappeler que durant le dernier tremblement de terre majeur en 1989, c'était le chaos, tout s'écroulait à son travail, et que même la série mondiale de baseball avait été reportée. Nous, jeune immigrants venant de tous les coins du monde sauf de la Californie, on est comme nice story grandpa.


Mais j'ai vécu mon premier tremblement de terre la semaine dernière. Pour bien décrire la situation de façon claire et concise, voici ce qui est arrivé: Je dormais à San Francisco, le lit s'est mis à shaker, je me suis réveillée, je me suis dit "ça y est je rêve encore à Beauce Carnaval", puis ça n'a pas arrêté de shaker, je me suis dit "wow un tremblement de terre !!!11", ensuite ça n'a pas arrêté de shaker, finalement je me suis dit "ok c'est bon j'ai eu mon expérience de tremblement de terre". Et puis ça s'est arrêté de shaker. Livin' on the edge, qu'ils disent.

Dans la vallée du Silicone, bien sûr, personne ne prend la peine de vérifier sur des sites des nouvelles si un évènement est bel et bien arrivé. On prend notre téléphone et on regarde twitter et Facebook. Quelques secondes après le tremblement de terre, les réseaux sociaux étaient remplis de "Wheeee!!!" et de "EARTHQUAAAKE" et de check-in at "the earthquake in San Francisco". Donc, j'avais bel et bien vécu mon premier tremblement de terre. Et comme tout l'internet au complet après, je me suis rendormie.

Au bureau, c'était bel et bien la commotion. C'était le plus gros tremblement de terre de l'année, et certains programmeurs se sentaient un peu bizarre, ce matin-là, à côté de la distributrice à Lucky Charms (les céréales du mois)(car il y a rotation d'un boîte de céréales sur les 12 à chaque mois, sans toucher aux classiques bien sûr, suite à plusieurs plaintes d'employés)

Moi: Salut les gars.
John, mine basse: Salut.
Nate, mine basse: Salut.
Moi: Ça va ?
John: Ouais ouais, on était en train de jaser du tremblement de terre.
Moi: Oh.
John: Nate et moi on s'est comme rendu compte que la vie est courte.
Moi: Oh.
John: On a décidé de trouver l'amour.
Nate: C'est décidé.
Moi: Ben voyons les gars, l'amour va venir à vous. John, toi, tu vas au gym tout le temps et tu es super gentil. Les filles doivent se garocher à tes pieds. Et toi, Nate, personne ne peut te battre au ping-pong au bureau.

(ok, je l'avoue, je n'ai pas dit ça à Nate. J'ai dit quelque chose du genre... et toi, Nate... aussi....... en essayant de ne pas fixer sa raie de séparation de cheveux dans le milieu de la tête, qui m'arrivait à la hauteur du nez, soit dit en passant. Le support moral geek, ce n'est pas toujours facile)

Nate: Non, non, fini le couraillage des filles des ressources humaines qui ne veulent pas d'engagement.
John: Et les artistes. Maudites artistes hipster qui habitent en ville !!!!!!
Moi: Hey, les gars, je vous avais prévenus à propos des artistes hipsters.
John: Ouais, donc on a décidé de prendre le taureau par les cornes. En fin de semaine on va se faire couper les cheveux, on se met propres, et on sort à East Palo Alto. Pis on va trouver l'amour.
Moi: Wow !!

(East Palo Alto est une ville à côté de Palo Alto, reconnue pour l'abondance relative de crime et surtout, de bars pour femmes d'âge mur, appelées bien sûr communément cougars. Palo Alto a été l'hôte en 2009 de la Cougar Convention, où a été couronnée Miss Cougar américaine. Plusieurs jeunes garçons cherchent depuis ce temps à Palo Alto une compagne indépendante financièrement pour leur apprendre 2-3 trucs au lit et financer 2-3 start-ups avec l'argent obtenu dans le divorce)

Comme quoi, les tremblements de terre modérés sont toujours une bonne chose afin de se rendre compte que ce que l'on désire vraiment dans la vie.

Je leur ai suggéré de laisser de côté les New Balance blancs pour le bar et les histoires de guilde de Star Wars et je leur ai souhaité de trouver l'amour momentanément, avant de passer quelques minutes à hésiter entre des mini-wheats classiques givrées et des mini-wheats au sirop d'érable.

lundi 27 février 2012

Les à côtés d'un party de geek

"Quand je ne suis pas en train de travailler, j'adore lire, faire du yoga, de la méditation, la cuisine, les films étrangers, les concerts jazz et les voyages humanitaires. Je parle aussi couramment le français et l'espagnol, en plus d'adorer mon Jack Russell Jackie."
Il ne manquait plus que la déclaration d'amour pour un poney et les longues randonnées sur la plage.


La biographie de ma nouvelle docteure choisie sur internet me faisait un peu penser à un profil quétaine sur un site de rencontre, mais bon, je l'ai choisie pareil. Je me trouvais donc dans une salle d'attente pour une prise de sang de routine (le taux de burritos dans le sang, etc), quand j'ai eu une "belle surprise".


-Salut !!!
-Salut Jimmy.
-Eille, c'est rare qu'on se voit en dehors du travail, hein ?
-Oui.
-En plus, tu es pas allée au party Dropbox vendredi passé !!
-Ben non.
-C'était malade ! Yavait pleeeein de belles filles, des ballons gonflables fluos, le CEO a joué une toune de Pearl Jam à la guitare et tout le monde criait comme des malades ! Et aussi, on avait plein d'alcool à volonté !
-C'est cool que tu aies eu du plaisir, Jimmy. Notre CEO à nous serait plus du style à rajouter des black lights au-dessus de la table de ping-pong lors du 5 à 7 du mercredi.
-Sois pas cynique là, l'autre fois il y a eu un tournoi de beer pong ! C'était vraiment cool !
-Je sais pas Jimmy, Brandon a vomi un peu sur son clavier après, et on a pas été capable de faire des check-ins pendant les 12 heures suivantes parce qu'il est juste sorti de la salle de jeux le lendemain matin.
-T'es plate.
-C'est vrai. Donc ton party Dropbox était cool ?
-Oui mais c'était bizarre, on aurait dit que toutes les filles belles voulaient jamais nous parler.

(NDLR: dans le milieu, il existe parfois de les filles "engagées" pour aller dans les partys de jeunes entreprises branchées remplies de potentiels millionnaires. Ces filles sont appelées des "start-up-stitutes" (traduction libre: prostituées de start-up, ou petite compagnie dans le vent). La compagnie qui organise le party va donner à ses employés un signe distinctif, un bracelet d'une différente couleur par exemple. Les filles super sexy vont donc naturellement et par intérêt envers l'argent parler à ces jeunes programmeurs-là. Bracelet = potentiel multimillionnaire. Voilà pourquoi dans ces party, un jeune programmeur dodu avec des shorts cargos aura près de lui des jeunes filles mannequins et sera tout souriant.)

"Je t'aime pour ton intelligence !!!"


-C'est dommage ça !
-Je sais, j'allais là dans l'espoir de rencontrer des filles moi. C'est vraiment difficile de rencontrer des filles avec qui je peux cliquer. Vraiment. *regard insistant*.

À ce moment-là, pour me sauver d'un moment de malaise, une madame a passé avec un chariot pour offrir des cafés et des mélanges du randonneur bio aux accompagnateurs des patients. J'ai profité pour faire semblant de regarder des choses importantes sur mon téléphone, mais en réalité j'avais seulement une partie de Angry Bird de pas finie dessus. Soupir.

-Comment ça se passe au boulot ?
-J'ai donné ma démission lundi.
-Ah oui?
-Oui, le temps était vraiment parfait et je me suis dit que je devais suivre ma passion pendant que je suis encore jeune. Certains gars réussissent dans le domaine et ils ont genre 18-19 ans et hop ! gloire et succès ! Je crois que puisque j'ai la passion, je peux réussir, même si je suis plus très jeune.

(NDLR: La mode chez les jeunes programmeurs est de se trouver un idée tellement révolutionnaire un soir autour d'une bière et des amis ("ça va être comme Facebook, mais MIEUX"), de regarder le film The Social Network, et partir à programmer leur nouvelle idée de logiciel révolutionnaire dans un garage, en vivant de Red Bull, d'eau fraîche, et de promesse de s'acheter une BMW M3 neuve d'ici 6 mois. Mais voilà, souvent cette expérience se concrétise par le fait de devoir tout abandonner par manque d'argent après quelques mois et les jeunes programmeurs reviennent têtes basses, avec pas plus de belles chicks à leur bras, supplier les grandes compagnies de les reprendre)

-Mais tu veux te partir une compagnie ? Tu as quoi, 26 ans ? Tu peux faire ça toute ta vie si tu veux, pourquoi tu dis que tu t'en viens vieux.
-Non, c'est pas ça. Je quitte pas le boulot pour partir ma compagnie.
-Ah non ?
-Je veux devenir joueur professionnel de Starcraft.
-...
-Je suis plus si jeune, les Coréens de 15 ans sont des champions maintenant, mes réflexes deviennent de moins en moins aigus, j'ai besoin de temps pour pratiquer, bla bla bla...
-...

Ensuite, il m'a demandé si je pouvais le recommander sur LinkedIn. Parce que d'ici 6 mois il prévoit avoir le trophée de champion du monde, les filles et la décapotable (?! on peut-tu vraiment devenir riche à jouer dans une ligue de Starcraft ?!), mais au cas où ça ne marcherait pas, il aimerait ça avoir des bons mots pour se trouver une autre job.

Bon.

mardi 7 février 2012

Mon premier et dernier Super Bowl

Si au moins j'avais pu amener ça...


J'étais si excitée. J'allais vivre l'équivalent de la coupe Stanley, mais chez les Américains. Je n'avais jamais écouté un match de football au complet de ma vie, et je me disais que le Super Bowl en Amérique, ça devait être pas si pire. En plus, je pourrais voir les vraies annonces. LES VRAIES ANNONCES. À RDS, c'est toujours un peu étrange d'entendre la voix du gars qui faisait les commentaires sur les matchs des Expos entre deux annonces de Canadian Tire annoncer un toucher. Ça fait pas américain.

Mais encore fallait-il que je me trouve des amis avec qui écouter la partie. Les 49ers de San Francisco avaient été éliminés lors de la ronde d'avant, et par solidarité régionale, j'avais tenté d'écouter le match sur un stream illégal de la Russie sur mon ordinateur. Pous nous mettre dans l'ambiance, on avait seulement des chips pas de gras et de l'alcool, puis la game étaient tellement pixélisée qu'on avait de la difficulté à savoir qui avait le ballon, ou bien où était le ballon. ("Oh, je pense qu'il vient d'échapper le ballon!" "Non, il vient de foncer dans une cheerleader" et autres moments imprécis). À 5 minutes de la fin, le stream vidéo a coupé, avec une belle annonce style "Ce vidéo est illégal".

Je devais donc me reprendre pour le Super Bowl. Mes critères étaient les suivants pour trouver un hôte:

  • Avoir une grosse télé
  • Savoir les règles du jeu
  • Vouloir m'expliquer les règles du jeu
  • Avoir une hygiène minimale
75% des geeks de mon travail étaient donc éliminés, ne comprenant rien au football, et ayant planifié un gros LAN party ce dimanche-là, pour profiter de tous les spéciaux de la malbouffe. Il faut dire qu'à mon épicerie, la semaine avant le super bowl, l'entrée habituellement très normale (avec des grosses annonces de vaccins contre la grippe gratuits à l'achat de 100$ d'épicerie) avait été complètement transformée. Imaginez une gigantesque arche allant jusqu'au plafond, avec des bouts de carton pour simuler un château, faite exclusivement de caisses de bière, de nachos et de sauces à Tostitos de toutes les couleurs. Entrer dans l'épicerie me donnait comme une impression de voyage surréaliste dans une artère de programmeur souffrant d'embonpoint. 

Heureusement, j'avais réussi à trouver un endroit où regarder le Super Bowl: les Brogrammers de mon équipe (un peu douchebags, riches, grosse tévé, toujours prêts à étendre leurs connaissances) avaient fait une exception à la règle: une fille avait le droit d'assister au Super Bowl avec eux, mais fallait pas que je les juge. Yé ! J'étais semi-excitée.

Avant la partie, je suis arrêtée à l'épicerie, pour acheter un sac de chips et des cochonneries.

Quelle mauvaise idée.

Ça se bousculait partout, il y avait des gardiens de sécurité, les enfants braillaient. On se croyait dans un boxing day qui avait mal viré à cause de, genre, la fin du monde. Il ne restait plus rien. J'ai apostrophé un employé ado en panique, caché derrière la section fruits et légumes. Il était brillant, personne ne le trouverait là.

-Allô, est-ce qu'il vous reste des chips?
-Ha, ha, est bonne.
-Bon, on va prendre ça pour un non. Mais votre grosse arche de Mcdo faite en salsa à l'entrée, yen a plein là-dedans.
-Non, on a pas le droit de toucher à l'Arche. (on sentait le A majuscule dans son ton)
-Ben là, c'est un peu con. Elle est sur le bord de s'écrouler en plus.
-Voilà pourquoi je m'essayerais pas à ta place, le gardien de sécurité a sacré du monde dehors à coups de matraque pour moins que ça à matin.
-Ah.

J'ai fait le tour des allées et le choix était plutôt limité. Je ne pouvais pas me pointer là avec une boîte de Fruit Loops no name... mais ça semblait être le choix le plus logique. J'ai continué à chercher.

30 minutes plus tard, en retard pour le kick-off, je sonnais à la porte de mes semis-amis, qui allaient bientôt devenir seulement mes semis, plutôt honteuse.

-Allô...
-Salut ! T'es en retard ! Envoye, rentre, pis mets tes cochonneries sur la table avec les autres, je suis en train de me faire une sandwich gratinée aux Cheetos !!

Doucement, j'ai sorti les éléments de mon sac. Des sacs de pommes vertes en quartiers avec une sauce au caramel. Suivi d'une premier jugement. Ensuite, des bébés carottes avec de l'hummus. Deuxième jugement. Finalement, je me suis dit que j'allais garder le meilleur pour la fin: du pop-corn au micro-ondes, pour essayer de me sauver la face.

-C'est quoi c't'affaire-là ?
-De la bouffe...
-C'est quoi qu'il est écrit sur le pop-corn... sans... gras... Ben voyons donc ?! Pis c'est quoi le truc brun?
-De l'hummus, pour aller avec les carottes.
-C'est une joke là ?
-Ben, je me suis dit que vous voudriez des trucs santé.
-Quoi???
-Ben non, okay, il restait plus rien à l'épicerie, je suis désolée, je suis vraiment indigne de ce pays !
-Mets-en !!! Éloigne cette bouffe anti-américaine de notre vue ! Faut pas gâcher le peu de patriotisme qui nous reste.

Je suis allée m’asseoir dans un coin, ne posant aucune question de toute la première demie. Puis quand j'ai demandé si on pourrait lever le son durant le spectacle de la mi-temps de Madonna, je me suis tellement faite regarder de travers, que j'avais compris que ça serait sûrement mon dernier Super Bowl. L'an prochain, faudrait que j'apprenne les raccourcis clavier de Stacraft 2 et que j'aille au LAN party, moi aussi.


dimanche 29 janvier 2012

Qu'est-ce qu'un Brogrammer?

J'étais dans le gym du bureau l'autre fois, et comme tous les autres geeks présents au gymnase, j'étais en train de saliver devant le dernier épisode de Cupcake Wars sur le Food Network. Un nouveau geek douche, jamais vu au gym avant, portant avec fierté la camisole blanche et les souliers Vibram Five-Fingers, avait décidé d'étendre tout l'équipement du gym à ses pieds, en écoutant Jay-Z dans le piton, hochant la tête à intervalles réguliers et murmurant les paroles. Parce que ce que raconte Jay-Z doit tellement te rappeler ta vie quotidienne et tes émotions qu'on a besoin de partager chaque moment avec toi.

Je ne sais pas trop quel genre d'exercice requiert deux ballons suisse et une corde à danser en plus de 8 haltères, mais tout le matériel du gymnase se situait dans un rayon d'un mètre de son corps de "Brogrammer": des immenses biceps, et des mollets de la grosseur de ma cheville. Classique.

Le "Brogrammer"

Mais trève de jugement.

Je m'approche de lui pour lui demander si je peux lui emprunter un ballon suisse. La réponse est non, il en a de besoin sans faute dans 3 minutes 30 pour continuer sa série d'exercices parce que là il ses biceps doivent faire 2 cm de plus de circonférence parce qu'il s'entraîne pour faire de blablaZZZzzzzzZZz.

(Paranthèse: On a de la misère avec les Brogrammers des fois au bureau. Ils sont du genre à trouver ça cool de vomir sur la voiture du CEO après les 5 à 7, jouent au beer pong à 4 heures de l'après-midi dans des salles de réunion et portent des t-shirts blancs en col en V sans avoir complètement perdu leur man-boobs au gym encore. Trop tôt pour ça. Si tous les geeks du monde, qui avaient perdu leur virginité, agissaient comme de complets douchebags, ça serait le bordel au bureau. Heureusement, seulement une faible proportion des programmeurs ont perdu leur virginité, et une faible proportion de cette même population devient par la suite des Brogrammers. Les autres demandent la fille en mariage sur-le-champ ou encore rajoutent l’évènement sur leur Timeline Facebook.)

Donc je reste là, un peu médusée. Je le vois commencer à se placer d'une manière acrobatique avec ses poids et ses deux ballons suisses. Puis BANG.

Jeune geek un peu douche vient d'échapper un haltère sur son pied. Son pied, qui est enrobé d'un soulier Five-Fingers délicat, dont la fonction principale est d'épouser toutes les formes et d'offrir carrément aucun support. En d'autres mots, il vient de s'échapper un haltère directement sur l'orteil.

On en a parlé déjà. Non.

Mais la bonne nouvelle là-dedans, c'est quand il est parti aux toilettes pendant 20 minutes avec les yeux plein d'eau, j'ai pu prendre mon ballon suisse et avoir une belle vision de cupcake après chaque redressement assis.


mercredi 18 janvier 2012

Végasse pour les geeks.


Aujourd’hui, jeune garçon, j’aimerais te faire réaliser quelque chose qui pourrait possiblement s’avérer d’une grande utilité. Non, malheureusement, je ne parle pas de l’information inédite qui terminera enfin le maudit débat de « qui cé qui font les meilleurs écrans plats? » qui semble durer depuis début 2009. Reviens-en,  pis arrêter d’en parler durant les 5 à 7. Ya aucune fille qui va t’arracher le gilet avec ses dents si tu réussis à la convaincre qu’un écran plasma Panasonic c’est la meilleure chose qui a été inventée depuis Reddit. Non… Non. C’est pas à ça que ça leur sert savoir reconnaître à vue d’œil les grandeurs en pouces.

Je parle d’information utile, genre lorsque tu voudrais planifier ton premier voyage de plus d’une nuit en dehors du sous-sol de tes parents depuis ta visite guidée à Ottawa en 6e année. (Non, le sleepover pour jouer à Star Wars « c’est tellement mieux que WoW parce que ya des sabres au laser »The Old Republic de la semaine passée ne compte pas).

Las Vegas.

Simili-Bacon a été faire une escapade semi-commanditée dans la capitale du Vice la semaine dernière, soit tout de suite après la fin du Consumer Electronics Show. (Pour toi, jeune non-geek, le CES est une conférence où des compagnies bien/peu connues présentes des affaires à rendre les geeks durs d’excitation, comme des télés qui dégagent des odeurs, des chars qui seront jamais commercialisés ou encore des tablettes tactiles pliables en 8). J’ai donc pu en profiter pour fréquenter la crème des geeks : ceux qui sont restés à Vegas après la conférence pour comprendre c’est quoi faire le party et qui aiment faire plein de check-ins sur Facebook à des endroits reconnus pour leurs gros totons, avec des filles qui ont des gros totons.

Vegas-pour-les-geeks est vraiment en train de s’épanouir. Avec la grosse bulle technologique 2.0 qui régit dans la Vallée du Silicone, quoi de mieux que de combler le manque de faux seins de la Vallée en faisant 1h20 d’avion dans la ville du péché ?

Avant le bogue de l’an 2000, Vegas était peuplée uniquement de vieux messieurs fumeurs aux cheveux jaunes et avec beaucoup de bijoux en or, rotant aux tables de Black Jack en tenant Beubé par la taille. Maintenant, s’ajoutent à cette vision:

  • Des jeunes asiatiques branchés millionnaires, analysant les probabilités afin de maximiser le profit de leur dernière vente de compagnie;
  • Des gros geeks classiques, rajoutant 20$ après 20$ dans les machines à sous thématique Lord of the Rings ou encore Star Wars avec bancs à vibration (Je ne pensais jamais entendre autant d’imitations réelles de Chewbacca dans un casino);
  •  Des programmeurs de 40 ans, rockant la montre Timex Indiglo sur le dance floor, le shag dans le vent, la boule disco se réfléchissant dans toutes les directions sur leur bague d’ingénieur, et bougeant les pieds aussi rapidement de leurs New Balance modèle entièrement blanc le leur permettent. 
 Gandaaaaalf! Nooooooooooooooo!!!

Donc oui, c’est invitant maintenant pour le geek moderne d’aller se fondre à la foule branchée, de payer 30$ de droits d’entrée dans à un doorman qui a assoupli ses critères de sélection de beauté depuis la crise économique.
C’est certain que Vegas est encore et toujours une véritable Sausage Fest; les geeks ne seront pas dépaysés pour autant comparativement à leur milieu de travail. Mais les jeunes femmes aux boules remontées, elles, sont à l’affût des jeunes garçons vulnérables qui ont fait fortune à la loterie de l’intelligence et de l’argent facile (contrairement à celle des biceps).

C’est donc une destination vacances à considérer sérieusement, surtout si vous aimez collectionner les pamphlets de Kendra, Madame Toute Nue Avec Des Étoiles Sur Les Seins Qui Veut Vraiment Apprendre À Te Connaître*

Vegas, baby.

*Moyennant quelques frais.

mercredi 11 janvier 2012

Le temps des résolutions

Miam, du blanc de salade avec des motons. C'est santé.


Mi-janvier, les vacances sont finies, et tout le monde est revenu au boulot plein de résolutions.

Par exemple, ce matin, une madame de 4 pieds de haut et 4 pieds de large était en train de lire un livre d'initiation au SQL en marmonnant ses requêtes de pratique de DATE pas mal fort. Puisqu'elle a passé tout le trajet de 20 minutes sur le même exercice, j'étais en train de me dire que son année 2012 allait être longue, jusqu'à temps qu'elle sorte du train rapidement, en m'accrochant le SELECT GETDATE(); dans la face en passant. À ce moment-là, je me suis ennuyée de mon ami de Google qui me faisait parfois des lifts le matin: il n'était pas là cette semaine, Google lui a payé 2 jours à Vegas pour son premier anniversaire d'employé. Hé ben.

Au bureau c'est la même chose: le gym est plein et il y a une file infinie pour le bar à salade.

Programmeur: Hey! Bonne année!
Moi: Merci c'est smatt.
Programmeur: Ça fait bizarre de me voir ici hein ? Mais habitue-toi, tu vas me voir plus souvent au bar à salade cette année.

(se prend un petit tas de salade verte)

Programmeur: Ma résolution de 2012 est de retrouver ma shape de vlà deux ans.

(transforme son assiette en un tas brun et vert en couvrant ses 3 bouts de salade par du bacon)

Programmeur: Finis pour moi les mercredis all you can eat pizza.

(trie méticuleusement les oeufs à la coque pour seulement se prendre un gros tas de blanc-sans-jaune, qu'il rajoute par-dessus le bacon)

Programmeur: Ça sera pas facile, parce que je suis du genre à avoir besoin de pas mal de protéines.

(rajoute 3 petits pois verts)

Programmeur: Aussi, je prends juste du coke diète maintenant.

(ne prend pas de chance et couvre tout le brun et le peu de vert par du fromage râpé)

Ashley, la madame cougar qui travaille à la cafétéria: Hé ben, vous autres ! Bonne année Honey ! Toi mon grand, t'es-tu perdu ? Qu'est-ce que tu fais au bar à salades ? C'est la journée hot-dog aujourd'hui pis je t'ai gardé des beaux gros pickles dans le back store !
Programmeur, d'un air sérieux: Non, Ashley, ma résolution de 2012 c'est de manger plus santé.
Ashley, croquant un pickle: Ah ben. (chuchotant) T'es mieux de pas commencer à me chialer après comme la maudite gang de végétariens... sont jamais contents eux... je leur donne leurs maudits pois chiches pis leur tofu, pis ça chiale encore...
Programmeur: Ben non ! Voyons donc. J'ai dit que je surveillais ce que je mangeais, mais je sacrifierai certainement pas tes beaux jeudis buffet ailes de poulet miel et ail. C'est juste que je vais peut-être pas te demander de doggy bag après pour le trajet de train. Ha ha!

Jeune Programmeur Résolu se met donc à ajouter des dizaines de croûtons sur sa salade. Bien sûr, toute salade n'est pas complète sans vinaigrette. Il jette son dévolu sur la grosse Ranch épaisse, servie dans une carafe à vin. Il commence à la virer de bord, ça ne coule pas, il secoue le contenant. Je sens la catastrophe arriver de loin. Il secoue encore, et encore... et... un immense tas de grosse Ranch blanche et garnie de motons est venu couvrir sa "salade", comme de la crème fouettée sur un sundae de su Costco. Il avait l'air de s'être fait un gros plat de vinaigrette blanche au bacon.

Moi: Maudit hein...
Programmeur: Ouais, je sais, moi non plus je pensais que ça coulerait jamais. Faut ben que ça goûte quelque chose, cette salade-là.

Puis il est parti au frigo prendre ses deux cokes diètes, avec deux grosses pailles. J'imagine que la deuxième paille est pour sa salade.

mercredi 21 décembre 2011

Et voilà l'échange de cadeaux!

Comme tout bon party de bureau qui se tient, notre équipe a bel et bien eu un échange de cadeaux, du style, tu dépenses 20$ et tu piges un cadeau dans le tas, tu le déballes, tu te le fais voler et tu restes pogné avec le cadeau poche. La différence c'est qu'il faisait assez soleil pour qu'on le fasse dehors, sous le bruit des tondeuses à gazon un après-midi de décembre, pendant que les jeunes artistes chicks avec leur bottes de pouelle, leur tuque de hipster et leurs camisoles chialent qu'il fait donc ben froid en Californie l'hiver OMG.

Faire un échange de cadeau avec des programmeurs c'est toujours plein de rebondissements. Moi, en tant que canadienne, j'ai bien sûr donné du sirop d'érable pis sac de chips au Ketchup comme cadeau. BAM. Succès assuré, avec ces denrées rares de luxe en temps de crise économique. Moi j'ai reçu une figurine de Halo 3, qui ressemblait à quelque chose comme ça:


Yéééé... Ça se mange même pas pis ça se boit même pas.

Pendant que d'autres étaient excités à l'idée de boire leur bouteille de vin fancy ou encore de passer du temps de qualité avec leurs pantoufles en léopard, moi je me demandais bien ce que j'allais faire avec ma figurine HALO 3, dont la caractéristique principale semblait de pouvoir faire la split en tenant un gun trop gros d'une main.

Ma figurine c'était comme une version de Luc Senay split athlétique qui est pas le genre à "y aller avec la famille".


Pendant que j'étais en train de lire le derrière de l'emballage avec perplexité, un programmeur s'approcha. Peut-être pourrait-il plus me donner de détails sur cet étrange personnage. 

Programmeur: Allô.
Moi: Salut.
Programmeur: C'est une belle figurine que tu as eue là !
Moi: Ouais. Mettons.
Programmeur (chuchotant): C'est moi qui l'a donné, ce cadeau-là !
Moi: Oh, vraiment.
Programmeur: Ouais, je sais que faut pas le dire, mais bon, je pense que j'avais un des cadeaux les plus hot de l'échange.
Moi: Assurément.
Programmeur: Qu'est-ce que tu vas faire avec ?
Moi: Je pense que je vais l'appeler Keith, et le mettre à côté de ma figure de Ronald McDonald's sur mon bureau. Ils pourraient devenir BFFs.
Programmeur: Mais... euh... c'est que...
Moi: Oui, je sais, Keith c'est pas son vrai nom, mais c'est un peu mieux je trouve que Mister Chef.
Programmeur (l'air légèrement agacé): Tu veux dire Master Chief.
Moi: Ouais, okay, non, mais j'aime mieux Keith. J'ai jamais vraiment joué à Halo.
Programmeur: Ah.. Mais....Qu'est-ce que tu fais là ?
Moi: Ben je déballe Keith pour le mettre sur mon bureau.
Programmeur: Mais t'es malade !?!
Moi: ...
Programmeur: Tu sais combien ça vaut ça??
Moi:... 20 piasses ?
Programmeur: Peut-être quand tu l'achètes, oui, mais je crois que ça a déjà doublé de valeur et que c'est pas mal difficile d'en trouver sur eBay. Faut que tu le laisses dans son emballage original !!!
Moi:... oh. Je suis désolée d'être indigne de Kei... euh... Master Chief.
Programmeur: Check, moi j'ai eu deux passes de cinéma avec un gros popcorn. J'men fous, je download toujours les versions cam et je les regarde sur mon projecteurs. Je te l'échange contre Master Chief.
Moi:... Ben je sais pas. Je commençais à m'attacher.
Programmeur: Accepte, je te dis, sinon tu vas trouver que mes bugs dans Jira prennent un temps énorme avant de se résoudre.

Et puis, un moment de guerre psychologique suivit, avec nos regards remplis de haine. (En fait, je crois que c'est de la haine que j'ai perçue dans ses lunettes épaisses, qui semblait m'être adressée)

Moi: J'accepte l'échange, mais tu résous tes bugs comme d'habitude. Sinon je vais dire à la jeune secrétaire que tu passes le 3/4 de tes journées à stalker son timeline de Facebook de 2007.
Programmeur:...... Bon, ok... (s'adressant à Keith) Viens Master Chief, tu vas aller retrouver tes 3 autres jumeaux à la maison, et tu ne seras plus dans les mains de cette personne indigne.

mardi 20 décembre 2011

Le magasinage de Noël


C'est le temps du magasinage du temps des fêtes. Les geeks ne vont bien sûr pas se garocher su Sears acheter des micro-ondes en spécial. Ils ne vont pas non plus, armés de poivre de cayenne, essayer de se voler des consoles Xbox au Wal-Mart, se battant contre 2-3 mamans gigantesques. Leurs simples mots ne feraient pas le poids contre une bonne claque sur la gueule ou alors des insultes bien placées.

Les geeks, la frénésie du temps des fêtes, ça se vit sur l'internet. Et dans les meetings. Aux États-Unis, tout se commande sur Amazon.com. Tout tout tout. Du liquide lave-glace, un bouchon d'évier, un déshabillé coquin, une poussette pour enfants.

La scène: On est dans un meeting hebdomadaire, juste avant la tenue d'une longue présentation powerpoint d'une jeune chick de marketing qui va nous parler de mise en marché de produits mobiles. Contrairement aux autres semaines, la salle est pleine à craquer, remplie pour la plupart de programmeurs qui n'ont jamais touché à un produit mobile de leur vie (et qui ne toucheront jamais non plus à la jeune fille de marketing).

Programmeur inconnu: Hey... HEY!
Moi: Oui?
Programmeur inconnu: Je sais qu'on se connait pas, mais j'ai besoin de ton avis féminin pour quelque chose.
Moi: Ok...
Programmeur inconnu: Regarde sur mon écran, j'hésite entre deux modèles pour le cadeau de Noël de ma blonde. Je sais vraiment pas lequel des deux prendre.
Moi:.... Euh, c'est dur à dire de même...
Programmeur inconnu: Je sais, ceux-là à gauche ont l'air plus épais, et les autres à droite plus longs. Lesquels tu trouves les plus beaux ?
Moi: Sincèrement ?
Programmeur: Sincèrement.
Moi: Aucun des deux.
Programmeur: Ah...
Moi: Mais tsé, peut-être que je suis la mauvaise personne. Je la connais pas ta blonde, peut-être qu'elle est vraiment une passionnée d'essuie-glace.
Programmeur: Je sais pas. Je suis juste tanné de ses maudits essuie-glace de marde quand il pleut.
Moi: Ouais. Okay, je comprends ta frustration, mais peut-être que tu pourrais trouver d'autre chose de mieux.

Et durant le meeting, je le vois passer toutes les catégories d'Amazon au complet, des livres d'informatique aux paires de bas.

Programmeur: Finalement, j'ai trouvé une idée pas pire utile ! Dequoi de pratique et joli. Aussi, je lui ai acheté une paire de mitaines et une tuque orange Timberland au cas ou qu'il fasse frette. Je vais pouvoir les lui emprunter aussi.
Moi: Wow. Joyeuses fêtes hein.

mardi 13 décembre 2011

Les moments de malaise

Les moments de malaise, au bureau, yen a plein. Je commence à être habituée.

Les moments, au déjeuner, où, je sens une main moite accrocher la mienne, "accidentellement", alors que j'essaie de prendre l'une des 12 boîtes de céréales du présentoir. "Oups, désolé !", un large programmeur me dira, "Je crois que je voulais avoir moi aussi les .. euh... Kashi Oméga 3 en même temps que toi, ha ha ha".

Et moi, de regarder son déjeuner actuel, soit un bagel aux raisins moitié Cheez-Whiz et moitié Nutella, avec un Coke et de la réglisse "on the side". Oui, c'est ça, j'imagine que c'est des céréales brunes que tu voulais...

"C'est pas grave, je vais prendre autre chose!" suivi d'un clin d'oeil, et d'un gros bol de Lucky Charms avec du lait à 3.25%.

Puisque je suis habituée, ces moments ne me dérangent guère maintenant. Comme un Zergling seul sur ma défense de 10 Photon-Cannons.

Je ne peux pas dire autant des agentes administratives cutes du bureau, quand elles surprennent une conversation comme celle-ci entre deux geeks à côté de la machine à espresso.

- Fak là, je suis rentré à la taverne, pis il y avait une espèce de super hot chick blonde !
- Hein !! Quelle taverne ?
- Dans l'est, là.
- Shit !! Oui, je sais dequoi tu parles ! Elle a vraiment un espèce de rack de la mort !!!
- C'est clair que depuis que j'avais reçu la permission de me marier, a m'était tombée dans l'oeil.
- J'comprends ! Si j'étais pas déjà pris, mais bon... Pis ?
- Ben son mari actuel est un soûlon. Y s'occupe jamais de ses affaires pis toute...
- Oh ho, l'opportunité...
- Ouais, je suis allé le tuer dans son sommeil.
- Nice.
- Ouais. Mais quand je suis revenue lui parler pour qu'elle me remercie, elle a pas voulu de moi.
- Hein, comment ça.
- A l'a commencer à chialer qu'a voulait juste que je pète son stock d'alcool, pas que je le tue.
- J'sais pas, mais est foutument agace.
- Ouais, ça m'est arrivé l'autre fois avec la fille cannibale aussi. C'est pas la première fois.
- Pour moi ya un bogue.



Skyrim, fournisseur de moments perturbants au bureau depuis novembre 2011, sur XBOX, PS3 et PC.

mercredi 7 décembre 2011

Poutine à tout prix.

Parfois, il m'arrive que les temps soient très durs dans ma compagnie de jeux vidéos californienne. Prenez par exemple cette semaine: quelqu'un a bouffé toutes les Sour Patch rouges dans la boîte, et a remis tout le reste dedans, de sorte qu'il reste seulement des jaunes, des vertes et de oranges. Ark. Puisque ça veut dire qu'un programmeur a sûrement touché avec ses mains chaque Sour Patch pour les remettre dans la boîte après, c'est un peu dégoûtant. Surtout quand on réalise que l'activité favorite du programmeur moyen est de naviguer sur Reddit en cherchant des photos de chats au travail avec la moitié d'une main dans le pantalon, comme chez lui.

Tout ça signifie que je dois me rendre jusqu'à la cuisine pour me prendre d'autres Sour Patch d'une autre source infinie de collations.

Heureusement, dans ce temps-là, j'arrive chez moi le soir et je peux me réconforter en me concoctant une jolie poutine maison, avec de la sauce en poudre St-Hubert achetée au IGA lors de ma dernière escapade, et du fromage en crottes qui fait squik squik importé d'un truck stop sur la 20 pas trop loin du feu Madrid.

Importer du fromage en crottes n'est cependant pas de tout repos.

Tout ceux qui ont déjà pris l'avion avec moi depuis l'obtention de mon visa savent qu'il faut habituellement prévoir un peu plus de temps pour les correspondances de vols internationaux. Avec mon statut officiel de voleuse-de-job-qui-parle-même-pas-bien-anglais-comment-ça-ça-parle-pas-toute-anglais-au-Canada, je suis rendue experte dans l'art "d'aller dans le p'tit bureau".

Aller dans le p'tit bureau, c'est se faire interroger par les douaniers américains, les mêmes types qui ne savent pas trop c'est quoi l'internet, afin de vérifier que je ne suis pas en réalité une future immigrante illégale qui va passer le restant de sa vie à vivre le rêve américain en vendant des tacos maisons dans mon truck à bouffe avec une femme nue sur une moto peinturée sur le côté avec du glitter ou encore une oeuvre d'art peinte à la main de mon cru.


C'est dans un truck comme celui-ci que j'ai mangé ma première crêpe au steak haché et bacon.


Parfois, dans le p'tit bureau, alors qu'on me pose des questions personnelles comme, "Tu penses-tu rester toute ta vie ici ?", "T'es sûre que tu inventes pas la job que tu viens de me décrire là ? Ça a l'air compliqué là analyser les jeux vidéos comme tu dis... j'pas sûr que c'est comme ça que ça se fait.", ils décident de fouiller mes bagages.

Douanier 1: What IS that?
Moi: Euh.... cheese?
Douanier 1: I've never seen cheese like this before. Jack? Jack!! Come here for a second.
Douanier 2: What?
Douanier 1: She says it's cheese! Look at this!
Douanier 2: Hmmm... maybe we should open it...
Moi: No! It's really cheese! It stays fresh if the bag is never opened! It does.. euh... squik quik!!
Douanier 1: ...
Douanier 2: ...
Douanier 1: Are you trying to imitate the sound of a cow?
Moi: .... no.
Douanier 1: Are you trying to tell us that you visited a farm, young lady? Because your declaration says that you didn't...
Moi: No !!! It's cheese you buy in truck stops on the side of the highway... they are not "farms !" In french we call it... cheese... in kind of... poops...
Douanier 1:....
Douanier 2:....
Douanier 1: If you were in contact with animal poop from a farm, you have to tell us now, because...-
Moi: No, it's just the word in french is cheese in poops. Let me check something... just a second !!!

Je ne voulais pas qu'ils ouvrent mon sac de fromage frais. Mon bagage à main aurait fini dans la soute à bagages comme d'habitude à cause qu'il n'y a plus jamais de place dans les cabines, mon fromage à -50 degrés dans la soute, tout ouvert, ruiné, ne faisant plus squik squik. J'ai alors remercié Steve Jobs pour l'accès à internet mobile, et pour wikipédia.

Moi: CHEESE CURDS !!!!! It's called cheese curds !!!! Yééé !
Douanier 1: Oh, really? Oh, I had cheese curds before when I was working in the midwest. It was fried, though.
Douanier 2: Oh yeah ! Me too, it's good ! But it doesn't look like this.
Moi: Fried ? No... euh, we do it for poutine.
Douanier 1 & 2: OOOH POUTINE !!! So good !!!!!

Ensuite on a eu des rapprochements émotionnels car un des douaniers avait déjà goûté à une poutine en 1997 à New York. Ya eu une anecdote mal-à-l'aisante sur son ancienne blonde qui l'a quittée pour son frère, mais somme toute, j'étais sauvée.

Je pouvais repartir avec mon fromage, mon permis de travail, et mon désir de me faire une poutine bien chaude qui fait squik squik avec ma sauce en poudre.

dimanche 4 décembre 2011

La photo du jour

Pis, comment se passe le pelletage d'entrée ? C'est beau la neige ? Les spéciaux de Noël su La Baie sur les kits de cuisine Lagostina ? Bon, parfait ça !

Sur un tout autre ordre d'idée, ici on peut dire que c'est l'été des indiens (je crois ?) En tout cas, il fait 20 et gros soleil dehors. C'est pas toujours comme ça au mois de décembre dans la Vallée du Silicone, mais ça arrive.

Demandez à ce spécimen croqué dans la région l'autre fois. Le poil blondinet de ses jeunes et frêles jambes d'albinos luisant au soleil, les souliers Reebok blancs détachés avec un laissez-faire probablement bien calculé, les bas blancs courts pour un maximum de confort, et l'absence de même un simple début de muscle de mollet. Fait chaud !


Avec la grosse saison de tournoi de Starcraft de terminée, c'est là que nos plus beaux atouts sortent se prélasser au soleil. Oui oui. Dites-vous qu'ils sont riches.

vendredi 2 décembre 2011

Hockey 101



Le hockey pour les gens demeurant dans la Vallée du Silicone, c'est un peu comme nous les Québécois et l'Omni-Kin. On sait que ça existe, on payerait pas vraiment pour aller voir ça à moins que la bière soit vraiment pas chère, pis on serait pas comme "WAAAAH REGARDE C'EST RUSS BERGERON LE JOUEUR ALL-STAR D'OMNI-KIN DE CHARNY!!!!".

Le hockey c'est un peu comme ça ici. Tout le monde s'en fout. Donc, quand je suis allée voir la partie des Canadiens contre les Sharks, c'était pas surprenant que je sois assise à côté de deux moustachus dans la cinquantaine qui ne comprenaient pas ce qui se passait.

Moustachu 1: Me semble qu'il tient le bâton de l'autre pas mal fort là, pendant qu'ils sont dans le cercle à pas bouger avant qu'ils mettent la balle en jeu...
Moustachu 2: Comment ça s'appelle ça déjà ?
Moustache 1: Ben, me semble que c'est pas une balle... le truc noir... Attends, je check sur mon téléphone... hum... ah, voilà, mise... mise en jeu de la rondelle ! Voilà !
.....
Moustache 1 & 2: AYOYE !!!
Moustachu 2: Eille, Deumersh là, il l'a frappé fort !
Moustachu 1: Qui ça ?
Mousachu 2: Deumersh. Check sur ton programme.
Moustachu 1: Comment ça s'écrit ?
Moustachu 2: D-E-M-E-R-S.
Moustachu 1: C'est bizarre, ya comme toutes ses dents, je pensais que les Canadiens n'avaient pas de dents.
Moustachu 2: Eille, y fait ben frette icitte.
Moustachu 1: Ouin, ya même pas de cheerleaders.
Moustachu 2: Ouin, me semble que des filles en bikini ça ferait passer le temps un peu.
Moustachu 1: Eille, check l'annonce là: Deux burritos gratuits pour tout le monde chez Jack in the Box si les Sharks comptent dans les deux dernières minutes de la deuxième période.
Moustachu 2: Eille, j'aime ça en maudit Jack in the Box. Si je pouvais ressortir avec deux burritos, je retournerais chez nous avec un profit, pis demain je vais dire à mon boss qu'il m'a pas pantoute rendu service avec son sport de canadiens qui nous fait se geler le cul.
Moustachu 1: On est à quelle période là ?
Moustachu 2: Jsais pas, ça doit achever, cette maudite game-là. Tu viens tu écouter le football chez nous dimanche ?

jeudi 17 novembre 2011

Bataille de gosses de riches siliconiens




Est-ce que vous vous souvenez, à la récréation, c’était toujours le bordel quand un des amis avait comme collation des fruit-o-long. Oh, là, tout le monde en voulait sa part, de sorte que le petit gros roux qui avait des parents riches et un stock infini de fruit-o-long à la maison était bien content de se faire des « amis ».
Ça commençait par, donne un gros bout, je vais être ton meilleur ami. Ensuite, donne-moi un gros bout, ça presse, sinon je te choisis pas dans mon équipe au ballon chasseur. Pour finalement, donne-moi le au complet, sinon j’te pète la yeule, pis mon père est plus fort que le tien.

Moi j’ai jamais eu ce problème parce que j’avais des collations en salade de fruits pis des pommes dans mon lunch. Yé. Alors personne ne venait me taxer ça. Pis si jamais j’avais un problème autre, j’avais juste à dire, « Arrête de m’écoeurer sinon mon père va aller chez vous ». Tout le monde avait vu mon père débarquer en habit de police à la garderie pour aller me chercher. Dans le temps, c’est quelque chose de beaucoup plus concret que « Mon père est mécanicien de machinerie lourde, donnes-y 6 semaines pis il va aller construire une pépine qui va détruire ton garage » ou encore « Mon père est informaticien, il va aller hacker toute votre compte de banque pis vous allez être pauvres ». Genre.

Je me dois de mentionner que le métier de mon père a été particulièrement utile quand j’ai vomi mon sandwich au thon devant tout le monde à la cafétéria en 3e année. Deux jours après, c’était l’Halloween pis j’étais déguisée en police. Plus personne m’a écoeurée après ça.

Dans la Vallée du Silicone, c’est pas mal une autre game.

J’ai été témoin au coin de ma rue d’une chicane assez inusitée.

Enfant 1 : Arrête de m’écoeurer, aussinon je pète ton iPad.
Enfant 2 : J’men fou.
Enfant 1 : Ben donne-moi le ton iPad si tu t’en fou, j’vais le péter en deux.
Enfant 2 : Je peux en avoir plein d’autres gratuits à l’infini. Toi t’es pauvre.
Enfant 1 : C’est même pas vrai ce que tu dis, mon père travaille pour eBay.
Enfant 2 : Ben moi mon père il connaît Steve Jobs. Pis il sait comment les FAIRE les iPads. Fak on est riches.
Enfant 1 : Steve Jobs yé MORT. C’est un zombie pis il pue. Fak ton père aussi, pis toi aussi. TU PUES TU PUES.

Les conclusions sont toujours les mêmes dans les batailles d’enfants, les moyens pour y arriver sont juste un peu différent.

NDLR : Chez simili-bacon, on est désolé si on a mentionné la possibilité que Steve Jobs soit un zombie. Je sais que c’est dur à imaginer, mais si le programmeur front-end en face de moi au bureau lit ça avec google translate, j’aimerais en profiter pour lui mentionner que c’était un peu déplacé de piquer une crise en criant « C’EST UN MANQUE DE RESPECT » quand la personne au bureau qui a gagné le costume de l’année était déguisée en Zombie Steve Jobs. C’était juste une blague. Pis il voulait juste le certificat cadeau chez GameStop.